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L’archipel nippon compte 77 000 temples bouddhistes. Aujourd’hui, 20 000 sont déjà vacants faute de moyens et de successeurs.

Si Hidenori Ukai, journaliste au Nikkei Business, élève la voix aujourd’hui, ce n’est pas pour parler médias. “Je suis héritier d’un temple bouddhiste tenu par ma famille depuis des générations : le Shogakuji à Kyoto, explique-t-il. Je n’ai malheureusement pas pu devenir prêtre à mon tour car aujourd’hui, cela n’est plus possible financièrement. ”

Le temple Shogakuji est l’arbre qui cache la forêt. Le Japon compte 77000 temples boudhistes. “Aujourd’hui, 20 000 sont déjà vacants sur l’ensemble de l’archipel.” Dans un futur proche, des experts estiment la perte de ce patrimoine culturel ancestral à près de 40 %. C’est l’état des lieux que présente Hidenori Ukai dans son ouvrage “Disparition des temples, la perte des zones rurales japonaises et de la religion”.

Les raisons de cette dégringolade ? “L’exode rural, la dénatalité qui empêche l’arrivée de successeurs à la tête des temples…” Ou bien encore, ce qui inquiète davantage Hidenori Ukai, “le manque criant de connexions entre les Japonais et leurs temples. A l’ère Edo, le temple était le lien entre les gens dans un village. Chaque édifice religieux avait des parrains qui le protégeait et lui apporter un soutien financier. C’est de moins en moins le cas. Et les jeunes Japonais ne se soucient guère de leurs temples : ils se rendent dans ceux des grandes villes qui sont les plus fortunés et se désintéressent des temples en zones rurales qui s’éteignent les uns après es autres.”

Hidenori Ukai va plus loin. “Le comportement des Japonais face aux funérailles a changé. Les cérémonies sont plus simples, plus intimes. Les gens ne prennent plus la peine de se déplacer, ils ne sentent pas concernés. Autrefois, une cérémonie funéraire réunissait au moins 200 personnes : aujourd’hui, on demande aux temples d’envoyer les os par la Poste. ”

Privés de leurs soutiens locaux et de leurs parrains bienfaiteurs, les temples et surtout leurs prêtres font avec les moyens du bord. “Ils ont changé leurs façons de vivre, leurs entrainements.” Certains ouvrent leurs portes aux touristes. D’autres cherchent à se diversifier en “accueillant des cafés ou en organisant des spectacles” dans le but de générer des revenus.

Du côté des sanctuaires shintos, c’est le même constat : 41 % des édifices pourraient connaître exactement le même sort. Hidenori Ukai rappelle que “ 77 000 temples bouddhistes, ce sont également 200 000 statues qui tomberont également en miettes si les temples ferment leurs portes.”

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